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dimanche 27 décembre 2020

Heureuse Nativité 2020!


En ces jours où une grande partie de l’humanité cherche à se reconnecter avec la magie des fêtes,
En ces jours où la générosité reprend ponctuellement ses lettres de noblesse,
En ces jours où la grandeur des liens affectifs revient à l’avant-plan,
En ces jours où l’importance des contacts physiques se fait parfois douloureusement sentir,
En ces jours de déchirement face à nos habitudes,
En ces jours où nos repères humains semblent s’envoler,
 
Nous célébrons l’inimaginable venue de Dieu dans le monde,
Venue qui transcende le temps, la Création, nos vies,
Venue qui nous transforme de l’intérieur,
Venue qui nous insuffle la Vie en abondance,
Venue qui vient introduire du sens là où l’insensé semble dominer.
 
En ces jours où la Création tressaille d’allégresse,
Je souhaite que Dieu trouve son chemin jusqu’au fond de ton cœur,
Je souhaite que sa Vie te comble et t'anime,
Je souhaite qu’Il te révèle encore une fois son Amour au travers des réalités d’apparence « profane » ou simplement « humaine »,
Je souhaite que sa Joie t'inonde et irradie le monde sur ton passage, physiquement et virtuellement.
 
Sincèrement, heureuse Nativité!
Denis
Cliquez ici pour voir une version vidéo de ce message.

mardi 17 novembre 2020

Le serviteur et son talent

 



Le Seigneur m'a encore désarçonné lundi soir le 16 novembre dernier alors que je vivais une catéchèse avec huit autres personnes de tous les âges dont deux jeunes.

Nous travaillions le récit qu'on appelle souvent « la parabole des talents » (Mt 25, 14-30). Vous trouverez le texte ci-bas à la fin de mon article. En général, on retient de ce récit qu'on doit faire fructifier les talents que le Seigneur nous a donnés. Le découpage de la lecture brève du lectionnaire (Mt 25, 14-15.19-21) nous montre clairement que c’est ce que les liturgistes veulent qu’on retienne de ce récit. Je m'attendais à arriver à la même conclusion ce soir-là. Mais Dieu nous attendait ailleurs...

Nous avons utilisé le processus de la catéchèse biblique symbolique. Nous avons donc commencé par apprendre le récit puis nous avons énoncé ce que nous y trouvions d’étrange, de bizarre. Nous avons relevé quelques points qui nous semblaient mineurs comme l'énormité des sommes en jeu (un talent équivaut environ au salaire de 6000 journées de travail d’un ouvrier agricole!! (TOB, Glossaire, 1988)). D'autres points cependant nous dérangeaient vraiment plus:

    1- Souvent, dans une parabole, quand on présente un « maître »,            on parle de Dieu. Pourquoi ici est-il présenté comme un                        homme dur (verset 24)?

    2- Ce maître « moissonne là où il n'a pas semé et ramasse là où il            n'a pas répandu le grain » (v. 24 et 26). C'est donc un voleur?

    3- Le 3e serviteur est traité vraiment très durement pour quelqu'un         qui n'a rien fait de mal. Il a juste enfoui le talent dans la terre (v.         18). Il n'a rien volé. Pourquoi le maître le traite-t-il de bon à                rien, lui enlève-t-il la gestion du talent remis et le jette-t-il dans            les ténèbres (v. 28 et 30)?

    4- Finalement, pourquoi le 3e serviteur a-t-il peur de ce maître (v.             25)?

Nous avons fait le choix de nous attarder sur la 3e question. Nous nous sommes demandé dans quel autre récit biblique retrouvait-on quelqu'un, notamment un serviteur, qui aurait été traité durement. Quelqu'un a proposé Jésus lors de sa Passion. Nous nous sommes raconté ce récit et avons sorti plusieurs ressemblances avec le récit des talents:

    - La dureté du traitement fait à Jésus.

    - L'innocence de Jésus comme celle du serviteur.

    - Le fait que Jésus, mort, a été jeté dans les ténèbres lui aussi,               celles d'un tombeau.

    - Trois crucifiés comme trois serviteurs.

    - La "peur" de Jésus (« Mon Père, s’il est possible, que cette coupe       passe loin de moi ! » Mt 26, 39a) et son courage pour affronter la       Passion (« Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme       toi, tu veux. » Mt 26, 39b) comme le serviteur qui a peur de son          maître mais qui va tout de même lui remettre son talent en                  personne.

Avec cet éclairage, le récit et son interprétation ont pris une tournure que personne n'attendait, moi le premier. Ça donne à peu près ceci:

« Un maître dur, qui fait son argent sur le dos des autres, un voleur qui moissonne où il n'a pas semé et ramasse là où il n'a pas répandu le grain, part pour un long voyage et il confie son    immense fortune à ses serviteurs. Le premier se voit confier cinq talents, le deuxième, deux talents et le troisième, un talent. Les    deux premiers, suivant les traces de leur maître, recueillent        l'équivalent des immenses sommes qui leur ont été confiées. Le troisième, voulant demeurer droit, honnête et vrai, refuse            d'embarquer dans les magouilles du maître et des deux autres et cache le magot qui lui est confié. À son retour, le maître veut    savoir ce qu'il est advenu de sa fortune. Les deux premiers        serviteurs sont fiers de lui montrer le fruit de leurs démarches ténébreuses et le maître fait leur louange. Le troisième, qui a peur de son maître, a le courage de lui remettre son argent en personne. Le maître mécréant le traite de bon à rien, lui enlève la gestion du magot qui lui était confié et l'envoie dans les ténèbres, là où il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

Ce troisième serviteur nous semble une préfiguration du Christ. Lui, le juste, l'honnête qui a résisté à l'esprit du monde. Il est demeuré droit et vrai jusqu'à affronter avec courage les conséquences de son refus de succomber aux pressions néfastes des légalistes, des corrompus et de ceux qui avaient peur de perdre leur influence, leur pouvoir et leur réputation. Il a tout donné de Lui-même pour sauver ses tortionnaires et ses accusateurs, au-delà même du temps, nous sauvant nous aussi. Il nous a sauvés de nos manigances, des idoles et des puissants que nous prenons comme maîtres alors que seul Dieu est le vrai Maître. Il a été durement traité au point d'être tué et enfermé dans les ténèbres d'un tombeau. Puis le Père l'a ressuscité et nous avec Lui!

Cette réflexion nous a permis de nommer plusieurs situations que nous vivons ou avons vécues, nous rappelant que la Bible parle de Dieu mais aussi de nous. Nous avons aussi pensé au fait que vivre son baptême et sa confirmation veut dire de demeurer vrai et juste au point de supporter le rejet et les moqueries, comme le Christ. Le temps de célébration qui a terminé notre rencontre nous a permis d'intégrer un peu de toutes ces réflexions tout en rendant grâce à Dieu pour le salut offert par la vie, la mort et la résurrection du Christ.

Merci Seigneur de Te révéler encore à nous 
tout en nous rappelant que nous ne pouvons T'enfermer 
dans nos vieilles interprétations bibliques confortables 
alors que Tu nous appelles à la nouveauté surprenante 
des disciples-missionnaires. 
Aide-nous à demeurer vrais, sur tes traces. 
Merci de nous sauver encore 
dans nos compromissions et nos ténèbres. 
Merci de nous donner des soeurs et des frères
 avec qui goûter encore à la joie et à la nouveauté de ton Évangile! Merci en particulier pour celles et ceux de lundi soir!
 Amen!

Denis

Pour en savoir plus sur la catéchèse biblique symbolique (communément appelée « CBS ») :

-   Un excellent webinaire sur le sujet organisé parl’Université Laval, la Société Canadienne de la Bible et l’AssociationQuébécoise de la Catéchèse Biblique Symbolique en septembre 2020.

-   Le site de l’Association Québécoise de laCatéchèse Biblique Symbolique.

-   CBS Québec, le site de soutien aux catéchètes en CBS du diocèse de Québec.

-   Le site des fondateurs contemporains de la CBS,Claude et Jacqueline Lagarde, s’inspirant de la catéchèse des Pères de l’Église.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (25, 14-30)

Tiré de la Bible de la liturgie (cf aelf.org)

 

14 « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens.

15 À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt,

16 celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres.

17 De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres.

18 Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.

19 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes.

20 Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.”

21 Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”

22 Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.”

23 Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.”

24 Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain.

25 J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.”

26 Son maître lui répliqua : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.

27 Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts.

28 Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix.

29 À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a.

30 Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !”

 

jeudi 13 avril 2017

Expliquer et faire apprendre? Ou accompagner et initier?

Je vous partage une citation prise d'une série de livres que mon fils et moi aimons bien:

– Je ne comprends pas.
– C’est normal, je remplace par des mots les expériences qu’il te faut vivre. 

(A comme Association, tome 8, Erik L'Homme, p. 92.)

Au final, ça ne donne rien... Alors pourquoi s'évertuer à expliquer et faire apprendre? Pour notre bonne conscience? Pour justifier notre emploi du temps? Pour plaire? À qui?

L'expérience montre que ce qu'on apprend aux jeunes et aux adultes, sur les sacrements en particulier, ne sert à rien. Ils ne comprennent pas plus, ils n'ont pas envie de continuer à se faire bourrer le crâne avec des informations qui ne collent en rien à leurs vies et dès que leur cheminement d'initiation est supposément terminé avec la confirmation, on ne les revoit plus.

Pour ma part, si mon souvenir est juste, j'ai commencé à aller à la messe pas mal à tous les dimanches à partir de l'âge de 5 ans. Alors quand j'ai fait ma première communion à 8 ans, je saisissais bien quand mon enseignante (ça se faisait à l'école dans ce temps-là), me disait que l'eucharistie était un repas, un rassemblement de la famille chrétienne, etc... Je le saisissais parce que j'avais environ 150 messes dans le corps! J'avais vu des gens rassemblés, j'avais vu des gens manger, j'étais salué, aimé, reconnu. Je me sentais "de la gang". Mes grands-parents, mes oncles, mes tantes, mes parents, mes frères plus tard, mes voisins et voisines, le curé, je pouvais nommer presque tout le monde présent à l'eucharistie du dimanche avec moi. Je les aimais et je me sentais aimé par eux et elles. Quand mon père a cessé de s'asseoir avec moi pour retourner passer la messe debout à l'arrière avec ses frères, beaux-frères et amis (et fumer dehors à l'homélie?!), j'ai continué à y aller, avec mes grands-parents puis seul avec un de mes frères. Dans ce temps-là, on m'expliquait ce qu'on voulait, j'étais intéressé à le savoir car je vivais un tas de choses qui m'intriguaient mais ne comprenais pas tout.

Maintenant, c'est autre chose.

Les jeunes qui font leur première communion n'ont pas d'expérience de l'eucharistie. Ils y sont allés deux ou trois fois pour des funérailles ou la première communion d'un frère plus vieux. C'est pas mal tout. Et je n'exagère pas. Quelques-uns y sont allés plus souvent, beaucoup d'autres y sont allés moins. Leur souvenir de ces rassemblements est très vague. Alors leur dire que l'eucharistie est un repas, un rassemblement de la famille chrétienne, une occasion de rencontre avec le Seigneur... Ils n'ont rien vécu de tout ça. Oui, ils ont vu des gens manger quelque chose, de loin, mais ça n'a aucun rapport avec leur expérience de ce qu'est un repas. Ils ont vu un rassemblement de personnes, mais dire que c'est la "famille chrétienne" qui se rassemblait équivaut à leur apprendre que quand on se rassemble un tas de personnes qui ne vivons rien ensemble pour célébrer un rite de passage de quelques personnes une fois de temps en temps, c'est ça la communauté chrétienne. Alors ils retiennent ça, veulent ça pour eux quand le temps sera venu, vont le vouloir à nouveau, peut-être, quand ils se marieront et voudront faire baptiser leurs enfants, expliqueront ça à leurs enfants et on aura perpétué la fausse image que l'Église c'est une compagnie qui organise de supers beaux rites de passage dans une super bâtisse au centre de notre village, pour pas trop cher. Elle a juste le défaut que pour chaque rite, elle a des exigences tannantes mais bon, on s'en accommode le temps que ça dure et on s'en balance quand nous avons eu ce que nous voulons...

Le paragraphe précédent est une caricature, mais pas tant que ça, malheureusement.

Pour rencontrer des parents et d'autres adultes depuis environ 25 ans en pastorale, j'ai acquis quelques convictions. L'une d'elle est qu'ils sont des croyants. Si vous pensez que ma description ci-haut est pessimiste, vous n'avez rien vu. Certains disent que les parents n'ont pas la foi. Je dis non. Ils n'ont pas une foi très développée théologiquement parlant,ni très liée aux rites liturgiques, mais leur vie est truffée de moments où ils se sont adressés à Dieu, au fond du baril, atterrés par la souffrance de leurs enfants, terrassés par la maladie, emportés dans les tourbillons d'épreuves inimaginables. Quand je vis une catéchèse sur la Bible et ses symboles avec eux, je vois les yeux s'illuminer, s'agrandir, pleurer quelques fois. Ils se rendent compte que l'Écriture parle d'eux, de leurs vies, de leurs relations avec ce Dieu qui est là et qui ne les a jamais lâchés même si les choses ne se sont pas passées à leurs goûts. Et ils Le rencontrent à nouveau à ce moment précis. Il y a bien des gens indifférents, mais la majorité des adultes que j'ai devant moi, parents ou non, sont des croyants.

Le problème est de notre bord, en grande partie. 

C'est nous qui leur avons inculqué la notion que ce sont les sacrements qui sont importants à découvrir et à célébrer alors que c'est leur vie qui doit l'être, par le sacrement. C'est nous qui leur avons appris que l'Église est un OSBL parmi d'autres qui offre de bons services pas trop chers quand on en a besoin et seulement quand on en a besoin alors que c'est leur famille! Mais ils ne le savent même pas...

Il faut commencer par entrer en relation avec ces gens, parents ou non, jeunes et vieux. Ils faut les connaître, les aimer, nous émerveiller devant leurs vies incroyables et sacrées, et voir avec eux et elles quels pas nous pourrions faire ensemble. Nous n'en sortirons pas indemnes. Ces expériences vont nous bouleverser et nous changer nous aussi. Nous serons alors comme le Christ qui ne nous sauve pas du trou en se tenant sur le bord et en nous tendant la main, mais en venant dans le trou avec nous, en mourant sur nos croix avec nous. 

Ça me fait penser au passage biblique dans lequel le disciple Philippe rencontre un Éthiopien eunuque (Ac 8, 27-39). 
- Il commence par écouter l'Esprit et Lui obéir.
- Il voit et écoute ce que fait l'Éthiopien (il lit Isaïe).
- Il se joint à cette activité, écoute ce que lui lit l'Éthiopien, notamment ce qui l'intrigue, ce qui l'intéresse, ce qui le questionne.
- Il répond à cet intérêt, à sa question, par "la bonne nouvelle de Jésus" (verset 35).
- L'Éthiopien demande à recevoir le baptême lorsqu'ils passent près de l'eau.
- Philippe lui fait faire une profession de foi: "Si tu crois de tout ton coeur, cela est possible", "Je crois que Jésus Christ est le Fils de Dieu" (v. 37).
- Philippe descend avec lui dans l'eau et le baptise.
- Philippe est emporté ailleurs par l'Esprit.
- L'Éthiopien continue sa route, "joyeux" (v. 39).

Je retiens quelques points de cette péricope (extrait biblique):
- L'écoute de l'Esprit, le discernement.
- La rencontre de l'autre sur son terrain à lui.
- L'ouverture de l'Écriture sur ce qui intéresse l'autre (et non ce qui m'intéresse, moi).
- L'offre d'un sacrement quand il est désiré et que l'occasion s'y prête.
- La profession de foi, simple, réelle.
- Vivre le sacrement avec l'autre, me mouiller moi aussi. 
- Aller ailleurs (je n'ai pas le monopole du cheminement de cette personne; nous nous retrouverons sûrement car nous sommes maintenant liés mais elle en rencontrera d'autres aussi, c'est l'Esprit qui a le monopole et qui s'assure de la suite de son cheminement, pas moi).
- L'autre poursuit sa vie dans la joie. 

On pourrait faire toute une retraite sur cette péricope!

Merci Seigneur de nous partager ta mission. Donne-nous d'être à l'écoute de Ton Esprit. Aide-nous à nous laisser creuser l'intérieur et nous convertir pour que les gens et leurs vies soient au coeur de nos démarches et non nos thèmes, nos objectifs et nos dates. Donne-nous les ressources humaines dont nous avons cruellement besoin. Nous aussi, nous vivons des temps d'épreuves et nous ne voyons pas toujours clair, et nous avons tendance à nous réfugier dans nos sécurités. Nous avons peur de perdre nos "oignons d'Égypte" (Nb 11,5), même si c'est pour nous garder dans l'esclavage et le non-sens. Accompagne-nous, Seigneur, et aide-nous à être des accompagnateurs et des accompagnatrices, à vivre avec les gens, à les aimer comme ils sont, à nous émerveiller de leurs vies, à Te les présenter, à Te présenter à eux, à elles, tout doucement, selon l'angle qu'ils auront, peut-être, envie de connaître de Toi. Et donne-nous la force et l'audace de nous mouiller avec eux et de cheminer nous aussi, avec eux. Nous aussi nous serons tranformés. 

Amen.

Denis



vendredi 21 décembre 2012

« Il faut que lui grandisse et que moi je diminue »

Quand la fête de saint Jean-Baptiste et la fête de Noël ont été instituées, le solstice d’été arrivait le 24 juin et celui d’hiver le 25 décembre. Depuis, le calendrier a été retravaillé et les solstices d’été et d’hiver arrivent maintenant les 21 juin et 21 décembre mais ces deux fêtes sont restées aux mêmes dates.

Qu’arrive-t-il aux solstices? Dans l’hémisphère nord, le solstice d’été est la journée où l’ensoleillement est le plus long de l’année. À partir de cette date, la durée du jour diminue pour être la plus courte au solstice d’hiver. À partir de cette autre date, la durée du jour grandit jusqu’au solstice d’été et ainsi de suite.

« Il faut que lui grandisse, et que moi, je diminue » (Jn 3,30). Par ces mots, Jean-Baptiste parlait du Christ qui commençait à rassembler les foules alors que lui, Jean, rassemblait de moins en moins de monde. À ses disciples inquiets, il rappelle qu’il n’est pas le Christ mais son précurseur et qu’en tant que tel, il est bien content que la renommée de Jésus se répande et que la sienne perde de sa popularité. « Il faut que lui grandisse, et que moi, je diminue ».

Comme la durée d’ensoleillement entre les solstices, la lumière qui vient du Christ grandit alors que celle de Jean-Baptiste diminue.

La fête de Noël a été placée le jour du solstice d’hiver pour prendre la place de l’ancienne fête païenne du « sol invictus », le « soleil invaincu », jour à partir duquel le soleil reprenait le dessus sur la nuit. La fête de Noël célèbre donc cette victoire de la lumière sur les ténèbres. La naissance du Christ apparaît déjà comme une résurrection pour le monde.

À chaque instant, le Christ veut naître et renaître en moi, grandir et me faire grandir en Lui. C’est Noël à chaque instant en moi, en nous.

Je ne sais pas pour toi mais, pour moi, un des plus grands obstacles pour la venue du Christ en moi, c’est mon orgueil. J’ai tendance à chercher ma gloire personnelle, à être reconnu dans mon travail, mes amours, mes amitiés, mes engagements, mon argent… Et quand je ne me sens pas reconnu, quand je me sens oublié, pas à la hauteur, faible et trébuchant, pauvre en forces mais aussi en argent, je deviens insécure et bien triste.

Pourtant, comme Jean-Baptiste, c’est à ce moment que je devrais être joyeux car « il faut que lui grandisse, et que moi, je diminue ». Ce qui importe, ce n’est pas qu’on me trouve bon, que je sois populaire ou riche, ce n’est pas que j’annonce le Christ de la meilleure façon et que je sois le meilleur chrétien, prédicateur, animateur ou catéchète. Ce qui importe, c’est que je sème du mieux que je peux, même dans ma faiblesse, car « quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12,10). Ce n’est pas moi le moissonneur, c’est Dieu. À Lui la gloire! Et à moi son Amour et sa Vie!

Seigneur, en cette fête de ta venue physique en notre monde, où tu revêts librement notre finitude, donne-moi l’humilité nécessaire pour accomplir la part de ta mission que tu me confies. Viens briser avec amour, délicatesse et fermeté le vernis de mon orgueil pour que mon cœur de chair soit libre d’aimer dans toute sa grandeur et sa fragilité. Merci de m’aimer et de me sauver. J’en ai bien besoin. Merci de nous aimer tous et toutes et de nous inviter à participer à ta mission de semeur d’Évangile. Amen.

À toi qui me lis, je te souhaite de redécouvrir en 2013 l’incroyable amour de Dieu pour toi. Que cet amour t’aide à redire comme j’essaie de le faire avec Jean-Baptiste : « Il faut que lui grandisse, et que moi, je diminue ».

Joyeuse Nativité et bonne année 2013!

Denis
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dimanche 26 juin 2011

Le triduum de la maison

Je viens de terminer un marathon de célébrations et d'événements de trois jours ayant eu lieu dans des églises. Je suis passé par toutes sortes d'émotions et j'en ressors avec, entre autres, la conviction renouvelée que l'église est une maison.

Je sais, ça peut paraître banal dit vite comme ça. Durant ces trois jours j'ai vécu deux funérailles de jeunes filles décédées dans un accident de la route, des retrouvailles des membres présents et passés de ma paroisse natale, une célébration de la Parole pour les finissants et les finissantes d'une école polyvalente (que j'ai eu le bonheur de présider) et une eucharistie pour le centenaire d'une église suivie d'une procession du Saint-Sacrement et d'un dîner. Ouf!!

J'ai vécu la tristesse, la colère, le vide, les larmes, le manque de voix, le désarroi. J'ai vécu la joie, la paix, la fraternité, l'unité, l'émerveillement. J'ai vécu le beau et le moins beau. J'ai vécu la faiblesse et la grandeur. J'ai vécu la légèreté et la solennité. J'ai vécu la déception. J'ai vécu l'admiration devant les dépassements. J'ai vécu l'absence et la présence. J'ai vécu le silence et le cri. J'ai vécu le non-sens et la révélation.

J'ai vu le monde devenir meilleur.

J'étais chez moi.

Chez moi, je vis tout ça. Je l'ai vécu aussi dans ces trois églises où je suis passé. Dans les diverses maisons où j'ai vécu, j'ai appris à aimer, à gérer mes émotions, à nommer mes questions et à chercher des réponses, à me connaître dans mes élans de grandeur et mes petitesses, à accueillir l'autre, à m'accueillir moi. J'ai vécu l'isolement et la fraternité, le travail et les loisirs, la croissance et le recul. Tout ça le mieux possible mais jamais parfaitement.

Je garde de mes maisons des blessures dont certaines sont encore béantes. Je garde surtout du roc sur lequel m'appuyer.

J'ai vécu tout ça en trois jours dans ces églises. L'église-bâtisse est une maison. La "maison de Dieu" comme on se plaît à le dire souvent, mais aussi (et surtout?) la maison de la communauté, là où on vit le solide et le fragile, le soleil et la nuit, où on s'expose à la blessure et à la guérison.

Je le savais avec ma tête. Je le savais avec mon coeur. Aujourd'hui je suis encore plus convaincu que l'église est une maison, le lieu de la rencontre entre nous et avec Dieu, le lieu où se vivent la mort, la vie et la Vie, le lieu du repos et du ressourcement en vue du départ pour rendre le monde meilleur et faire connaître le Christ.

Comme le disait André Poulin, curé de St-Gédéon, ce matin: "L'église est un milieu de vie avant que d'être un temple".

mercredi 1 décembre 2010

Le pape et le condom

Le pape aurait fait une déclaration dans un livre à paraître ces jours-ci. Elle contrasterait avec celle qu'il a (aurait) faite dans l'avion le menant en Afrique lors de son voyage sur ce continent. En cette journée mondiale du sida, je vous propose de regarder ces deux déclarations, tout en n'oubliant pas que je ne suis spécialiste ni de la théologie morale ni des communications médiatiques, tout en ayant une base intéressante dans les deux.

Prenons d'abord la déclaration la plus récente, celle du livre. Je n'ai pas lu ce dernier livre du pape. Selon ce qui en a éventé, il s'agit d'entretiens que le pape aurait eus avec l'auteur du livre qui les colligés. Il paraît que le pape mentionne que le condom peut être une arme utile contre l'épidémie de VIH-sida en Afrique. Doit-on s'étonner d'une telle déclaration (si elle est vraie)? Je dirais: à moitié...

Non nous n'avons pas à être étonnés d'une telle déclaration car elle va dans la ligne d'interventions de bien des femmes et hommes catholiques qui ont pris la parole sur cette question au fil du temps en étant elles et eux aussi inspirés par l'Esprit et intelligents.

Cela dit, oui cette déclaration demeure étonnante car les papes ont pas mal toujours été contre le port du condom que ce soit dans une situation ou dans une autre... Elle est d'autant plus étonnante que dans l'avion qui l'amenait au Cameroun Benoît XVI aurait fait une déclaration incendiaire en disant que le condom faisait partie du problème plutôt que de la solution dans la lutte contre le sida en Afrique.

Parlons de cette seconde affirmation, celle de l'avion. Prise hors contexte, elle rejoint ce que d'autres représentants du magistère ont déjà dit. Pour ma part, au risque de me faire lancer des tomates, je pense qu'en effet l'utilisation du condom peut avoir chez certaines personnes l'effet d'une "déresponsabilisation", d'une banalisation de la sexualité, pour la réduire à un acte purement génital et presque égoïste, elle qui a pourtant comme visée la satisfaction personnelle bien sûr, mais aussi la croissance de la relation entre les partenaires et le don de la vie: un surplus de vie pour les partenaires, un nouveau souffle pour continuer ensemble et dans la vie et éventuellement la conception d'un nouvel être humain. Cela dit, de façon générale, il semble quelque peu angélique (c'est souvent le cas pour le magistère, notamment en matière de sexualité et de pastorale familiale) et décroché de la réalité d'affirmer que l'épidémie de sida se résorberait toute seule à force de conviction et d'éducation pour que la terre entière et particulièrement les Africaines et les Africains se mettent à vivre selon les enseignements d'Humanae Vitae, l'encyclique de Paul VI parue en 1968 et reprise au fil du temps par de nombreux écrits et déclarations magistériels, devenue fondement de la doctrine catholique sur la sexualité (avec laquelle je suis tout à fait en accord sur les principes mais moins avec les applications). L'éducation étant un processus à long terme, la distribution et le port du condom me semblent tout à fait indiqués à court terme pour qu'il y ait encore des gens à éduquer dans les prochaines années!

Voilà un exemple d'une façon responsable voire évangélique de porter le condom... Il y en a d'autres...

Parlons maintenant du contexte dans lequel s'est dite cette affirmation. Rappelons-nous que le pape était en vol pour l'Afrique et que son premier arrêt était le Cameroun si je ne me trompe. D'après la couverture journalistique immense qu'a reçue cette affirmation, voici comment elle aurait été faite:

"- Bonjour saint père, dit un journaliste accompagné des 3674 autres journalistes présents, témoins de la scène et l'ayant fidèlement rapportée. Auriez-vous s'il vous plaît une déclaration incendiaire à nous dire alors que nous survolons le continent africain?
- Bonjour mes frères, répond le pape, bien sûr que j'en ai une: le condom fait partie du problème dans la lutte contre le sida et non de la solution. Maintenant, je vous prie de me laisser seul car j'ai un Astérix à terminer avant notre arrivée"

Si on se fie à la couverture médiatique répétée de par le monde ce jour-là, cet entretien aurait ressemblé pas mal à ça (l'assertion sur Astérix étant de moi, vous l'aurez sans doute deviné). Y croyez-vous? Croyez-vous vraiment que Benoît XVI aurait sorti un tel énoncé en l'air (c'est le cas de le dire), comme ça? Ne manque-t-il pas un minimum de mise en contexte sur cette affirmation? En tout cas, je trouve très faible le travail des journalistes et des équipes de rédaction qui ont retransmis cette nouvelle de par le monde... J'aimerais bien savoir combien de personnes étaient vraiment présentes, qui c'était, qu'est-ce qui s'est dit dans la demi-heure précédente et la demi-heure suivante, si c'était pendant une conférence de presse ou bien une jasette devant un film (d'Astérix?) en partageant du pop corn, si l'avion traversait une zone de turbulence (à l'extérieur je veux dire!)... Bref, nous avons eu droit à une couverture médiatique bâclée dont les sources n'ont pas été vérifiées. La nouvelle de cette supposée affirmation du pape m'apparaît donc à prendre avec des pincettes, voire même à être déposée dans les poubelles...

En conclusion, je dirais que l'idéal chrétien d'une sexualité personnellement et mutuellement épanouissante et ouverte sur un surplus de vie pour les deux partenaires de même que sur la conception d'un autre, éventuellement, de façon responsable, demeure l'idéal chrétien vers lequel tendre. Cela dit, tous ne partagent pas cet idéal ou sont en chemin sur sa route mais ne l'ont pas encore atteint. Et l'atteinte d'un idéal demeure toujours fragile et en équilibre plus ou moins précaire. Il faut donc s'ouvrir les yeux et en tenir compte, notamment dans la lutte contre ce terrible virus qu'est le VIH. Si le saint père a bien dit ça et que ses propos sont bien rapportés dans ce dernier livre, alors je l'approuve et je suis fier!

Et  vous?

P.S.: Pour en savoir un peu plus sur ce nouveau livre recueillant les réflexions du pape sur plusieurs sujets, je vous invite à visionner cette entrevue de Mgr Gérald Cyprien Lacroix, administrateur diocésain de Québec.

samedi 2 octobre 2010

Pour ou contre l'avortement?

Quelle question difficile... Si vous avez lu mon article précédent, vous savez ce que je pense de l'avortement. Cependant, comme vous, je connais plusieurs femmes qui se sont faites avorter. Pour aucune ça n'a été une décision facile ni agréable. Pour toutes sauf une un sentiment de malaise, voire de remord demeure. Avec deux d'entre elles pour qui l'avortement était un moyen de contraception, je suis en désaccord. Pour les autres, je n'aurais pas aimé être à leur place et je ne sais vraiment pas ce que j'aurais fait. Vraiment.


On peut être pour ou contre l'avortement, soyons admiratifs devant les femmes qui gardent leur fœtus et soyons extrêmement doux, aimables, compréhensifs, accueillants et pleins de sollicitude pour les femmes qui se sont faites avorter. Rappelons-nous la primauté de la conscience par laquelle l'Esprit Saint nous parle et que nous devons constamment éclairer. Rappelons-nous aussi que nous ne sommes pas meilleurs qu'une autre et que nous ne ferions sans doute pas mieux dans des circonstances semblables.


"Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés" (Lc 6,37), nous dit Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Soyons en tout temps pleins d'une infinie compassion et prions le seul Maître de la Vie.
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Qu'est-ce qui nous fait humains?

Dans son développement, quand est-ce qu'un ensemble de cellules venant de parents humains devient humain? Plusieurs théories existent. Certaines personnes disent qu'il faut au fœtus des qualités, des aptitudes ou des organes particuliers. Ainsi certaines disent qu'on devient humains à tel nombre de semaines de grossesse, ou quand on peut produire telle sorte de gestes ou de raisonnements.


Cette question peut paraître banale ou idiote. Elle est cependant cruciale quand on se demande quand on peut mettre fin à la vie. Par exemple, pour qu'un avortement ne soit pas un meurtre, à quel nombre de semaines un fœtus devient-il un être humain? Ou peut-on mettre fin à la vie d'une personne plus ou moins lourdement handicapée intellectuellement ou physiquement?


Qu'en est-il pour nous, disciples du Christ? À quel moment devenons-nous humains pour Dieu? Eh! Bien! En fait, personne ne peut répondre à cette question. Il me semble cependant à propos de rappeler un principe moral (dites "éthique" si vous voulez être à la mode), un principe moral donc qui dit: "dans le doute, on s'abstient". Je ne dis pas de cesser de se poser des questions à ce sujet, mais comme nous n'avons pas la réponse, prenons pour acquis que la vie humaine commence dès la conception, dès que le spermatozoïde pénètre dans l'ovule. Ainsi nous serons toujours sûrs de ne pas tuer un être humain.


D'ailleurs, si la cellule née de la rencontre du spermatozoïde et de l'ovule vit, c'est que le Maître de la Vie le veut bien et que son Esprit de Vie est présent en elle. Pour ma part, je crois que nous devenons humains dès la conception et qu'aux yeux de Dieu il n'y a pas de différence entre la première cellule, le fœtus, l'enfant ou l'adulte.


Bonne réflexion!
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