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mardi 13 août 2019

"10 reasons why..."


 Résultats de recherche d'images pour « communauté chrétienne catholique »

On m’a demandé de commenter une vidéo présentant dix raisons pour lesquelles l’Église catholique est satanique. Oui, vous avez bien lu… En anglais, «10 Reasons Why the Catholic Church is SATANIC » (https://www.youtube.com/watch?v=5g4BZCNCD1g&feature=share&fbclid=IwAR0uNwozfUcATPzP5R3Oh13tmz8TBlFM3GpejuK3EAvnRxvz-TinAhJwfsg)

Voici mes commentaires. Notez que les nombres au début des paragraphes réfèrent à mes arguments et ne correspondent pas à la numérotation des « 10 reasons » de la vidéo.

1-      La vidéo met en perspective plusieurs erreurs des catholiques, particulièrement des personnes âgées, des traditionnalistes et des gens qui ont une foi plutôt « enfantine ». C’est intéressant.

2-      Malheureusement, une grande partie de ses critiques réfère à la période qui précède le concile Vatican II et à des pratiques populaires qui ont été conservées par plusieurs mais qui ne retrouvent aucun écho dans l’institution. Cette vidéo arrive soixante ans trop tard…

3-      Elle dit qu’elle s’attaque à l’institution et pas aux personnes mais c’est faux car sur la plupart des points elle s’attaque aux pratiques de personnes catholiques qui ne viennent pas de l’institution actuelle ni ne sont encouragées par cette institution.

4-      Associer « faire des erreurs » et « être satanique », je trouve ça pas mal forcé. ;-)

5-      C’est vrai que des catholiques prient plus Marie et d’autres saints que le Père par Jésus dans l’Esprit. Par contre, c’est moins évident du côté institutionnel. Il y a des documents romains qui font cette erreur mais c’est moins répandu que dans « le peuple ». Par exemple, dans l’eucharistie, toute la célébration est une prière en action de grâce au Père pour le don de son Fils dans l’Esprit. On n’y retrouve pas de prière à Marie. J’ai plus de difficulté avec l’hymne à Marie dans l’office de complies à tous les jours ou l’habitude de finir un document papal par une invocation à Marie. Ce n’est pas une prière comme telle mais c’est trop répétitif et c’est proche de la dérive selon moi. Pour ma part, ça me met mal à l’aise. Pour le chapelet, je n’ai aucun problème : c’est une répétition de paroles bibliques suivies d’une invocation demandant à Marie de prier pour nous. Je n’ai pas de problème à demander à un saint ou mon père défunt de m’aider ou prier pour moi. J’ai par contre de la difficulté avec le fait que certaines personnes croient que c’est le défunt qui agit de lui-même presque sans Dieu. Question compliquée qui mériterait plus de discussion que ce qui se trouve dans la vidéo. C’est une critique qui revient souvent de la part des baptistes et évangélistes.

6-      Elle voit de l’idolâtrie où il n’y en a pas. Quand on salue ou encense une représentation (statue, autel, prêtre, pape, assemblée…) c’est toujours le signifié qui est salué (le Christ) et jamais l’objet ou la personne lui-même.

7-      Elle a raison sur le fait qu’on célèbre trop la crucifixion et pas assez la résurrection. Mais ici c’est uniquement le peuple car du côté institutionnel tout est tourné du côté de la résurrection. Ce changement s’est opéré à Vatican II mais n’est manifestement pas entré dans les pratiques populaires. Par exemple, il y a beaucoup plus de gens aux célébrations du vendredi saint que le samedi saint à la veillée pascale qui est LA fête de la résurrection. Par contre, il y a beaucoup de monde le dimanche de Pâques, le lendemain. Le problème est donc peut-être plus la valorisation de la veillée pascale comme telle que la résurrection. 

8-      Sa critique sur le salut par la foi par opposition aux œuvres aurait été valable avant Vatican II mais est tout à fait obsolète de nos jours. Nous croyons que nous sommes sauvés par l’accueil du salut de Dieu qui nous fait produire des œuvres. Les œuvres ne nous sauvent pas mais elles sont le signe qu’on a pigé dans le cadeau du salut en nous. 

9-      Elle a raison que plusieurs catholiques, même des ministres ordonnés, pensent que Dieu pardonne les péchés dans le sacrement de la réconciliation. Dieu nous pardonne au moment même où on pèche. Ce sacrement nous permet d’accueillir ce pardon déjà donné. La prière d’absolution du prêtre est mal tournée à mon avis et est une erreur théologique (« (…) et moi, je te pardonne (…) »). Il est  vrai que dans un sacrement on célèbre la réalité signifiée. Dans le sacrement de la pénitence (« poenitentia » : conversion) et de la réconciliation on célèbre la conversion du pénitent par le Christ dans l’Esprit et sa réconciliation avec Dieu. On n’y célèbre pas le pardon. D’ailleurs, ce sacrement ne s’est jamais appelé officiellement « pardon ». Pour aller plus loin sur ces questions :

10-   Elle pose d’intéressantes questions sur le serpent dans certaines représentations. Sauf que si on regarde bien les images qu’elle montre, si l’une d’elles est préoccupante (l’espèce d’œil entouré d’un serpent dans une église), les autres sont un peu poussées… Elle voit des serpents là où il n’y en a pas quant à moi. Le serpent sur un bâton réfère quant à lui à Nb 21, 4-9 dans la Bible : sur l’ordre de Yahvé, Moïse fabrique un serpent en airain (selon la plupart des traductions, en bronze selon quelques autres) et le met au bout d’un bâton. Quand les Hébreux regardaient ce serpent, ils étaient guéris de la morsure des « serpents brûlants ». (C’est l’origine du bâton des médecins et des pharmaciens, eux qui guérissent). On reconnaît que ce serpent d’airain sur un bâton est une préfiguration du sacrifice du Christ sur le bois de la croix, où il porte le péché du monde (serpent d’Adam et Ève) pour le faire mourir. Saint Augustin dit même que le Christ s’est « identifié » au péché pour le faire mourir sur la croix. Le serpent sur un bâton représentant donc le Christ en croix, ça ne m’offusque pas du tout qu’on l’utilise. Par contre, c’est intrigant qu’il y en ait deux sur le bâton tenu par le pape dans la vidéo. J’aurais bien aimé savoir ce qu’est ce bâton et pourquoi le pape le tient. Il participait à un colloque de médecine? J’aurais aimé qu’on le mentionne. Sans cette information, on ne peut juger de la situation. Quant à son étymologie du mot « Vatican » (« serpent divin »), elle est tout à fait risible. Je ne l’ai trouvée dans aucune source et je me demande bien où on a pris ça. Celles qui reviennent le plus souvent dans mes recherches sont celles-ci (cf  https://fr.wikipedia.org/wiki/Vatican#%C3%89tymologie):
a.       « (…) ce nom de Vaticanus tirerait son origine du mot Vaticinium, ou plus exactement Vātēs ou Vātis signifiant « devin » ou « voyant », parce que beaucoup de devins auraient résidé de ce côté du Tibre, car on sait notamment que sous Tibère, l’art de la divination était interdit à Rome même (c’était un délit passible de la confiscation des biens et de la relégation)
b.      Cette étymologie étant incertaine, d'autres parlent d'une ville étrusque nommée Vaticum, qui aurait jadis existé à cet endroit ou du dieu Vaticanus qui présidait aux premières paroles des enfants9 et dont le temple était construit sur l'ancien site de Vaticanum, la colline du Vatican10. En effet, cette colline était la maison des Vates longtemps avant l'époque préchrétienne de Rome.

11-   Le purgatoire… Grand sujet s’il en est un… Oui, il en est fait mention dans le catéchisme actuelle de l’Église catholique. Oui… J’ai passé une partie de ma maîtrise à rédiger un essai comparant deux visions eschatologiques chrétiennes (« eschaton » : la fin, le but, notamment la fin/le but de la vie), celle du catéchisme et celle d’un brillant théologien réformé nommé Paul Tillich, un des plus grands théologiens chrétiens du XXe siècle, un de mes maîtres à penser quoique je ne pense pas toujours comme lui. (Je devrais peut-être publier mon essai…) En effet la vision du purgatoire comme un lieu où on expie nos péchés, ou un temps d’attente avant d’entrer au paradis, temps sur lequel la prière des « vivants » aurait un impact… tout ça ne tient pas la route. La mort, c’est du sérieux. C’est la fin de la personne. Et la résurrection, c’est du sérieux, c’est Dieu qui me suscite à nouveau, qui me re-suscite, me renouvelle, qui renouvelle ma vie et je la poursuis hors des limites du temps et de l’espace, dans « l’éternité » totalement. Il n’y a pas de temps ni de lieu d’attente car par définition la mort nous fait mourir au temps et à l’espace. Chaque seconde de notre vie, et selon Tillich, chaque décision en faveur du Christ (« Théologie systématique », 5e partie), nous fait entrer progressivement dans l’éternité La mort est en quelque sorte la fin de notre entrée dans l’éternité. Il n’y a pas d’entre-deux. Alors le purgatoire… et l’impact de notre action sur les gens qui y seraient… Ouin… Par contre, dans la vidéo, je ne saisis pas trop le rapport qu’on fait entre pédophilie, cachette de scandales par certains évêques, l’inquisition, le latin dans la messe… et le purgatoire… Là, on charrie…

12-   Le bout sur le « 3e œil » est très nébuleux, pour le moins. Je ne m’y connais pas assez en cônes de pins ni en glandes « pineal » pour faire le lien direct qu’ils font avec un supposé 3e œil qu’on ne nous montre jamais dans une église ni aucune représentation, mais mon petit doigt me dit qu’on beurre épais…

13-   La première raison est intéressante : on consomme le Corps du Christ à l’eucharistie en bons cannibales. ;-) Elle montre la méconnaissance du sens de l’eucharistie des auteurs de la vidéo. Ils pensent que quand les catholiques communient au Pain de Vie à l’eucharistie, ils prennent une mordée de l’avant-bras de Jésus… La vision catholique est toute autre! Nous croyons que nous déposons sur l’autel le pain et le vin « fruits du travail des hommes et des femmes » qui représentent nos vies. Ce sont nos vies qui sont déposées sur l’autel. Quand le pain et le vin sont transformés au Corps et au Sang du Christ, ce sont nos vies qui sont transformées au Corps et au Sang du Christ. Et quand nous communions au Corps et au Sang du Christ, nous communions à nos vies transformées et à celles de nos frères et de nos soeurs qui ont elles aussi été transformées. Deuxièmement, saint Paul a une expression pour désigner le « Corps du Christ » : l’Église, l’assemblée, la communauté chrétienne (cf 1 Co 12, notamment le verset 28). Le Corps du Christ, c’est l’Église! Quand nous communions au Corps du Christ, nous communions à l’Église, à la communauté chrétienne. Nous devenons l’Église. Nous ne communions pas seulement au Christ mais à son Église. Oui, le Christ y est présent car Il en est la tête : « Il est aussi la tête du corps, la tête de l’Église» (1 Col 1,18). Mais nous ne communions pas qu’au Christ, nous communions aussi à son Corps qui est l’Église. Et quand nous vivons des temps d’adoration eucharistique, ce n’est pas seulement devant le Christ présent mais devant son Église que nous nous trouvons. Quand nous regardons le Christ, Lui, Il veut que nous regardions nos frères et nos sœurs.

Conclusion

Cette vidéo a été montée par des gens qui sont extérieurs à l’Église catholique et ne la connaissent pas de l’intérieur. Leur méconnaissance du concile Vatican II est manifeste. Leurs accusations sont communes et reviennent souvent, notamment dans certains milieux. Certaines idées méritent cependant qu’on s’y arrête, notamment l’invocation exagérée à Marie et aux autres saints et saintes, le purgatoire, le sacrement de la pénitence et de la réconciliation (tel que conçu par certaines personnes). Pour le reste, on a amalgamé plusieurs affirmations douteuses tirées d’informations tout aussi douteuses, notamment l’étymologie du mot « Vatican », des images prises hors contextes et des citations complaisantes en faveur des prétentions des auteurs. Bref, on a affaire ici à des gens qui veulent clairement et consciemment attaquer l’Église catholique de façon malicieuse et trompeuse pour inviter les gens à la quitter. Cette idée revient souvent dans la vidéo. Les deux dernières minutes sont consacrées expressément à ce sujet.

Pour assez bien connaître des personnes dans au moins une Église dite protestante ou qui ne s’identifient pas comme chrétiennes, je ne reconnais là aucunement leur façon de voir ni d’agir envers l’Église catholique. Je vous invite donc à ne pas généraliser. Ne croyez surtout pas que tous les chrétiens et chrétiennes des Églises dites « protestantes » ou les personnes incroyantes ou qui ont d’autres croyances pensent comme les auteurs de cette vidéo.

Union de prière au Père, par le Fils et dans l’Esprit!

Denis

mercredi 17 avril 2019

J'ai célébré mes racines à la messe chrismale

J'ai été surpris hier. J'avoue. Vraiment, le Seigneur est passé à la messe chrismale. Ce n'est pas le fait qu'Il soit passé qui m'a étonné! C'est le fait qu'Il soit passé ainsi pour moi, en moi.

J'ai déjà vécu des déceptions face à cette célébration. J'avais de grandes attentes. Mais hier, rien de ça. Je n'attendais rien, j'étais ouvert à ce qui se présenterait, et Dieu s'est présenté.

J'ai vécu un rappel de ce qui fait que je suis celui que je suis, que j'ai la foi que j'ai, que je fais partie de cette grande famille imparfaite mais sainte qu'est l'Église. 

Dès le début de la célébration, en voyant l'assemblée présente, les ministres ordonnés défiler, je me suis dit et j'ai dit à mes voisins et voisines: "Il y a du bon monde au pied carré ici!" Et oui, du "bon monde", il y en avait! J'ai vu des gens engagés dans leur foi, engagés pour le Christ, engagés pour le bien des pauvres et des petits. J'étais émerveillé devant tant de personnes croyantes solides et engagées dans leur foi, à commencer par mes collègues agentes et agents de pastorale laïques.

Mais la voie d'accès privilégiée qu'a prise Dieu pour passer en moi, hier, c'était par les prêtres présents.

Mgr Lacroix a cité Boukar Diouf qui disait que "Ça prend tout un village pour élever un enfant". Il le paraphrasait en disant que ça prend toute une Église pour faire un chrétien. Ben hier, c'est ça qui m'a tant touché: j'ai vu l'Église qui m'a construit. 

J'ai vu des anciens du Petit Séminaire de Québec, mes anciens profs, anciens directeurs, anciens animateurs de pastorale ou de vie étudiante. J'ai vu les anciens du Grand Séminaire de Québec, anciens recteurs, accompagnateurs, formateurs, profs de théologie. J'ai vu Benoît, le frère de Pierre-André à qui je dois tant. 

Il manquait bien sûr mes parents, mes grands-parents, les membres de ma paroisse d'origine, les anciens du Patro Laval et bien d'autres. Quoique plusieurs d'entre eux, d'entre elles, étaient présents, ces saints et ces saintes avec qui nous sommes continuellement en communion. J'avais néanmoins l'impression d'être chez moi, avec les miens, ceux qui m'ont fait cheminer, ceux à cause de qui je suis en bonne partie celui que je suis. 

Merci Seigneur de ce clin Dieu. Merci de m'avoir permis de me connecter à nouveau à certaines de mes racines. Merci de me guider et de me révéler ton Amour avec tant de patience et par tant de personnes! Merci de me faire encore goûter à ton amour en ces jours saints où nous le célébrons de façon particulière!

Quelque chose me dit que je serai présent à la messe chrismale l'an prochain... Nous y croiserons-nous?

Denis

dimanche 23 avril 2017

Pour une foi vivante, explicite et agissante

Le but de l'initiation chrétienne est de former des disciples-missionnaires. Ça veut entre autres dire d'amener les gens à devenir des "initiés", des chrétiens, qui ont une foi vivante, explicite et agissante. Je me pose quelques questions concernant cette réalité peu réelle, en ce sens que les personnes, adultes et jeunes qui passent par nos parcours d'initiation en sortent rarement "initiés", rarement disciples-missionnaires et démontrent rarement une foi vivante, explicite et agissante...

Je porterai ici quelques jugements sévères. Je suis convaincu que la plupart des gens qui viennent nous voir ont la foi à un certain degré. Je constate cependant que leur foi, de leur propre aveu, se vit de façon individuelle, souvent cachée. Elle n'est pas encore une foi qui s'exprime en communauté, du moins rarement en dehors des rites de passage ou des moments culturellement forts comme Noël. Elle est aussi rarement "explicite". Je considère donc que nous avons échoué à rendre leur foi vivante, explicite et agissante. C'est sur cet échec d'initiation que porte ma réflexion et non sur le degré de foi des gens qui réclament "nos services".

1- Considérant que c'est le baptême qui fait de nous des chrétiens, est-il encore pertinent de baptiser des bébés? Ils ne sont ni "prêts" (pour ceux et celles qui pensent qu'on doit être "prêt" pour vivre un sacrement), n'ont pas le désir de rencontrer le Christ, de Le connaître, de marcher avec Lui dans la vie... Cette pratique avait une certaine pertinence en période de chrétienté mais aujourd'hui, quelle serait donc sa pertinence? Quelle Église veut-on entretenir? Une "Église culturelle" qui offre des services de magnifiques rites de passage pas trop chers? Ou celle du Christ qui Se donne librement et qui veut que nous adhérions à Lui librement, de notre propre chef...? On baptise un bébé parce qu'on s'engage à l'élever dans la foi au Christ? On peut très bien le faire sans que l'enfant soit baptisé. On le baptise et il choisira plus tard? Le baptême vécu plus tard en toute connaissance de cause sera justement vécu au bon moment car c'est lui le sacrement du choix.

2- Nos démarches sont faites pour faire des confirmés et nous réussissons très bien. La presque totalité des jeunes qui nous passent entre les mains en pastorale finissent par être confirmés. Bravo!  Nous avons tellement bien réussi notre objectif et les familles l'ont tellement bien compris qu'ils ne reviennent pas. Bravo! Objectif parfaitement atteint, même pour l'avenir... Mais ne nous pètons surtout pas les bretelles, car ce bravo est ironique, vous l'aurez deviné... C'est notre objectif qui est vicié. Nous devons faire des chrétiens, non pas des confirmés. Nous réussissons avec quelques-uns mais avouons que la majorité de nos confirmés n'ont pas dans le coeur ni n'exhalent une foi vivante, explicite et agissante...

3- Ceci ajoute à ce qui précède: préparer à un sacrement... Quelle erreur théologique! Ça frise l'hérésie! On doit initier à la vie chrétienne, mener à la rencontre du Christ, mais surtout pas préparer quelqu'un à vivre un sacrement! Bien au contraire, c'est le sacrement qui nous initie à la vie chrétienne. C'est par le sacrement qu'on est initié à cette vie que le Christ veut avoir avec nous, cette vie de frère ou de soeurs avec ses frères et ses soeurs. Il nous faut une solide formation catéchétique avec au centre le Christ, Sa mort et Sa résurrection, la Bible et les grands symboles chrétiens pour ensuite tabler sur le sacrement pour initier intérieurement à la vie chrétienne. La mystagogie est particulièrement adaptée à ce moment, notamment en temps de mission comme le nôtre. De grâce, cessons de préparer les gens à un sacrement!

4- Presque à chaque semaine on me fait revivre un drame par une phrase qui se résume à peu près ainsi:"Wow! C'est beau de te voir t'impliquer au nom de ta foi. Ça fait du bien de voir un jeune dans l'Église". Au secours! Quel drame! J'ai l'âge d'être grand-père et on me dit que je porte du réconfort par ma jeunesse???? Mais réveillons-nous! J'ai peut-être une mentalité jeune, je manque peut-être même de maturité sur certains points, mais, de grâce, rendez-vous compte svp du drame que vous révélez en me disant que je suis un "jeune" dans l'Église! Ça veut dire qu'il manque deux ou trois générations. Au secours!

5- On doit servir le Christ ou l'Église? Cette question me taraude depuis quelques années et avec plus d'acuité depuis quelques mois. En soi, la mission de l'Église étant de poursuivre celle du Christ, on ne se trompe pas en servant le Christ. Cependant, est-il possible de le faire sans l'Église? J'aime bien l'expression suivante: "Ce n'est pas l'Église qui a une mission, c'est la mission qui a une Église". La mission d'annonce du salut de Dieu, de son Amour inconditionnel qui est son être même, de favoriser la rencontre avec le Christ au sein de la Trinité, ne dépend pas de l'Église mais l'Église n'est pas elle-même si elle ne remplit pas cette mission. La mission du Christ dépasse l'Église mais l'Église est idéalement le meilleur endroit d'où peut se vivre la mission. Je dis idéalement car l'Église "culturelle", folklorique, dont se réclament encore environ 80% des Québécois et des Québecoises nous empêche de réaliser la mission. Cette Église prestatrice de services et gardienne de nos bonnes valeurs québécoises ne nous permet pas de réaliser la mission du Christ. Elle tente de conserver des acquis d'un autre temps qui ne concernent pas la mission du Christ.

Je vous donne des exemples de cette mentalité "d'Église culturelle":
- mettre à la porte un agent de pastorale pour pouvoir payer les réparations du toit de l'église qui ne rassemble plus que quelques personnes au nom du Christ,
- la fureur qu'ont certaines personnes pour vivre les grands rites de passage de la vie humaine (naissance (j'ai parlé du baptême plus haut), mariage, décès...) à l'église et tiennent à ce qu'elle demeure ouverte et fonctionnelle pour leurs besoins à eux et elles;
- ... mais qui ne donnent pas à la quête ni à la CVA...
- la grogne populaire pour l'enlèvement d'un crucifix d'un hôpital parce qu'il représente les valeurs de notre passé (mais qui est enfermé dans ce passé et ne fait plus vivre un grand nombre de ces plaignants).

Bref, non, cette Église "culturelle" ne nous aide pas à la mission.

Cependant, la vraie Église qui rassemble les croyants et les croyantes convaincus au Christ qui cherchent à vivre la mission du Christ dans leurs milieux et qui se rassemblent dans la foi et la fraternité, elle, permet de vivre la mission. La question n'est donc plus de savoir si c'est le Christ ou l'Église qu'il faut servir mais le Christ par l'Église, à partir de l'Église, avec nos frères et soeurs en Christ, mais hors de l'Église, dans le monde.

6- Nous avons une grande tentation en Église qui est de nous réconforter en nous servant des autres, notamment des jeunes. Voici deux exemples qui illustrent ce que je veux dire:
- menacer de renvoi un agent de pastorale "parce qu'il n'amène pas de jeunes à la messe";
- organiser une messe familiale qui est en fait une messe pour adultes dans laquelle les services sont assurés par des jeunes (service à l'autel, lecture, offrandes, accueil...) mais qui n'est en rien une messe pour les familles.

Dans ces deux exemples, on voit qu'on veut bien de pastorales jeunesse ou familiale mais pour nous réconforter, nous. On organise de quoi pour les ados mais pour qu'ils viennent assurer une certaine présence qui nous réconforte, nous, dans nos propres habitudes. On organise de quoi pour les familles mais c'est d'abord pour nous réconforter, nous, pour nous faire du bien dans "nos affaires". Or, le Christ nous invite à aller vers les autres pour les autres. Pour eux, pour elles. Pas pour nous. On organise de quoi pour les ados ou les familles pour eux, pour elles, pour leur faire découvrir et rencontrer le Christ et non nous réconforter par leur présence. Si on organise une messe pour ados ou pour les familles, il faut que ce soit une messe d'ados ou de familles, pour eux, pour elles. Et le reste de la communauté doit accepter de se laisser bousculer dans ses habitudes pour pouvoir accueillir ces ados et ces familles. Ou, encore mieux, peut-être, les ados et les familles ne pourraient-ils pas en tout temps sentir qu'ils sont bien accueillis et à leur place au sein de la communauté célébrante en tout temps? Et chaque membre de la grande communauté réunie le dimanche ne pourrait-il pas avoir une petite communauté d'appartenance composée de ses pairs avec qui vivre de beaux moments d'Église durant la semaine?

7- La communauté elle-même... De fait, malheureusement, trop souvent, nos communautés sont peu invitantes et ne donnent pas toujours l'exemple d'une foi vivante, explicite et agissante, mais plutôt d'un ensemble de personnes venues réclamer un service individuel mais peu enclines à la mission. À qui la faute? Tout le monde, je pense... Les communautés elles-mêmes, les évêques, les intervenants pastoraux... Nous avons entretenu une mentalité de services au lieu d'une mentalité de mission. Nous n'avons pas aidé les membres de nos communautés à discerner leurs places dans la mission du Christ, leurs êtres de disciples-missionnaires. Un "missionnaire" est encore largement compris ici comme quelqu'un qui va annoncer le Christ dans une contrée lointaine et non quelqu'un qui vit dans son milieu des relations fraternelles, des engagements pour transformer le monde, qui nourrit sa foi avec Dieu dans le secret de son coeur et avec ses frères et ses soeurs, et qui annonce ainsi le Christ par sa vie entière implicitement et explicitement.

Voilà. J'ai voulu esquisser quelques écueils qui nous nuisent dans la formation à la vie chrétienne, dans cet accompagnement permettant à nos frères et à nos soeurs de professer une foi vivante, explicite et agissante. Il faudrait nuancer chaque paragraphe car il y a de fantastiques témoins d'une foi vivante, explicite et agissante dans nos communautés, qui viennent mettre un beaume sur chacun des points que j'ai énumérés plus haut. Malheureusement, en gros, je constate que notre période de transition est loin d'être terminée et que quelques coups de barre devront être donnés. Curieusement, ce sont peut-être nos finances difficiles qui vont nous obliger à changer, car nos budgets se transforment plus vite que nos convictions...

Je relis mon article et je me rends compte que je me suis positionné un peu comme un gérant qui invite à changer de mode de gestion. Ça aussi ça demande une conversion. Je suis bien un fruit de la même Église que tout le monde et j'ai moi aussi mes propres conversions à opérer. Ça aurait pu être le point 8: nous convertir.

Maintenant, prions, accompagnons, vivons, proclamons et agissons, au nom du Christ!

Denis