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vendredi 29 mai 2020

"Il leur montra ses mains et son côté"




Ce dimanche 31 mai, nous soulignerons la fête de la Pentecôte, l'une des trois plus grandes solennités de notre calendrier liturgique catholique. Quelle grande fête! Nous nous rappellerons à nouveau le don de l'Esprit Saint, Dieu Lui-même qui se donne à nous, en nous.

À cette occasion, la liturgie nous propose parmi les lectures celle de Jn 20, 19-23. Cette péricope est riche mais aujourd'hui, je vous invite à nous attarder sur un verset qui m'intrigue depuis quelques années, plus particulièrement depuis un an:
Jn 20, 20: "Il leur montra ses mains et son côté".

Ce bout de phrase me fatigue depuis un bout, mes proches pourraient vous le dire. Je l'ai compris un peu mieux ce matin à l'occasion d'un partage biblique avec mes frères et soeur de l'équipe pastorale paroissiale dont je fais partie.

J'ai longtemps cherché, tranquillement, tout doucement, pourquoi, après la résurrection, on ne mentionne nulle part dans les évangiles les blessures de Jésus aux mains ni aux pieds ni au côté. On se contente de mentionner que Jésus montre ses mains et son côté. On ne parle pas des marques de la crucifixion ni du coup de la lance du soldat. Par exemple, quand Thomas voit Jésus pour la première fois après la résurrection, celui-ci lui dit: "Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté" (Jn 20,27). Jésus montre ses mains et invite à toucher son côté mais nulle part il ne dit de voir ni de toucher une blessure quelconque. C'est ainsi dans les quatre évangiles: il montre ses mains et son côté mais jamais une marque de blessure.

Avant, ça ne me dérangeait pas car j'ajoutais moi-même dans ma tête que Jésus montre ses blessures pour justifier que c'est bien Lui, pour qu'on Le reconnaisse et que ses disciples croient en sa résurrection. Je ne peux plus vraiment croire ça maintenant car ce n'est pas ce qui est écrit dans la Bible.

Mais alors, pourquoi les évangélistes se sont-ils donné la peine d'écrire les choses comme ça: "Il leur montra ses mains et son côté"? Qu'est-ce que l'Esprit Saint veut nous dire? Ce matin, j'ai eu un "flash" que je veux humblement vous partager, en vrac, sans faire la recension de tous les livres ou articles théologiques auxquels je me réfère dans ma réflexion.

Le "côté" de Jésus me fait penser à la côte d'Adam, dans le récit de la Genèse, à partir  de laquelle Dieu "façonna une femme" (Gn 2, 21-22). La "femme" dans la Bible, est souvent signe de l'Église qui a pour mission de donner le Christ au monde (Ap 12, 1-6), à l'exemple de Marie, la nouvelle Ève. L'Église est reconnue comme "l'épouse" du Christ qui Lui est présenté comme "l'Époux". Le Christ est aussi souvent présenté comme le "nouvel Adam".  

Sur la croix, pour s'assurer que Jésus était bien mort, "un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau" (Jn 19,34). On reconnaît là en général les signes du baptême et de l'eucharistie qui fondent et font croître l'Église.

Je me permets donc de relire notre verset de départ autrement: "Il leur montra ses mains et son côté". Du côté du Christ, nouvel Adam, sont tirés par Dieu le baptême et l'eucharistie qui font naître et grandir l'Église, nouvelle Ève. Quand Jésus montre son côté, Il montre donc l'Église! Il nous montre nous, les croyants et les croyantes!

D'ailleurs, pour continuer sur cette idée, qui sont les mains du Christ aujourd'hui? Qui oeuvre à sa mission avec l'Esprit Saint? Qui sont ses ouvriers aujourd'hui? Nous! Les croyants et les croyantes, l'Église, qui poursuivons la mission du Christ de Le faire connaître et aimer et d'aider le monde à connaître le Père et son Amour infini!

Quand Jésus "montre ses mains et son côté", il pointe du doigt ses disciples! Il nous pointe du doigt nous aussi, membres du Corps du Christ dont Il est la tête!


Et quand Il dit à Thomas: "avance ta main, et mets-la dans mon côté" (Jn 20,27), Il lui dit en fait: "Fais un pas de plus comme disciple, mets ta main à mon service, sois mon ouvrier pour ma mission de salut, entre dans mon Église et agis sous la mouvance de mon Esprit".

Voilà ce que je voulais vous partager. Je vous invite à vous sentir visés quand nous entendrez que Jésus "montre ses mains et son côté" car c'est nous qu'Il pointe, personnellement et communautairement; c'est de l'Église qu'Il parle, notre famille. 

Bonne fête de la Pentecôte! Puissions-nous accueillir à nouveau la venue de l'Esprit Saint en nous et poursuivre avec joie et persévérance la mission du Christ!

Union de prière et de mission!

Denis




mardi 24 mars 2020

Misère et opportunité



Quelle tristesse de voir notre monde souffrir autant devant un virus microscopique! Sa manifestation appelée covid-19 blesse et tue. Heureusement, plusieurs en réchappent mais nous l'entendons peu. Nous sommes appelés à un grand effort de solidarité pour ralentir au maximum la propagation de ce virus, entraînant des conséquences sociales, sanitaires, économiques et spirituelles importantes.

Ce temps de confinement m'a écrasé au début de la semaine dernière. Je pensais à tout ce qui s'arrête,  tous les projets mis en plan, toutes les personnes qui attendent après moi... J'allais au bureau mais sans entrain et presque sans but. Je ne voyais que perte, éloignement et attente. Je me demandais bien comment aider ces gens que je ne pouvais rencontrer, faire avancer les projets qui tenaient à coeur, aider les gens à cheminer et cheminer moi-même avec eux. Je me contentais de régler des détails que je laissais traîner, classer des papiers, transmettre des factures à rembourser...

Puis, un étrange vent de "libération" m'a envahi. Le fait que nos orientations, sempiternellement attendues, torpillées et reportées, soient mises sur la glace; le fait que les comités où les décisions prennent un temps fou à mûrir soient mis en plan; le fait que nos beaux programmes si bien ficelés montrent leur inefficacité à suivre la vie de notre famille chrétienne; tout cela nous oblige à l'ingéniosité pour présenter le Christ et le salut du Père dans l'Esprit. Le terrain est donc "neuf", libre, dégagé. Les lenteurs, la bureaucratie, les jeux de pouvoir, les résistances, les malaises, tout cela est mis en pause. Il n'y a que des gens qui souffrent, des gens inquiets, des gens qui ont soif, des gens qui attendent et une Église pauvre, blessée parce que ses membres le sont.

Ce vent de "libération" nous décentre de nous-mêmes, de nos orientations, de notre nombril et nous permet de nous centrer sur Celui qui nous envoie, son Esprit de Vie et la mission du Christ que nous sommes appelés à poursuivre comme Église. C'est à partir de l'intérieur de cette Église pauvre, blessée, en recherche que je me sens appelé depuis toujours à annoncer le salut en Jésus Christ à ce qui lui est "extérieur".

Ça me fait penser à la période de l'Exil à Babylone pendant laquelle le peuple hébreux a perdu ses repères, son temple, son organisation. Yahvé l'a accompagné dans son malheur. Des prophètes se sont levés et ont apporté de l'espérance aux Israélites au nom de Dieu. Le peuple s'est retourné vers ce qui lui était essentiel: l'Écriture. Les synagogues sont nées à cette époque. 

Encore aujourd'hui, nous devons user d'imagination et de créativité pour rejoindre les gens, accueillir leur souffrance, partager la Parole de Dieu et prier avec eux. Les moyens de communication modernes n'attendent que nous pour servir, à commencer par le téléphone et les multiples propositions qu'offre internet.

Quel terrain nous est offert! C'est celui de la mission toute crue où nous attendent les souffrances, les inquiétudes et les joies du monde d'aujourd'hui. Quel souffle de renouveau s'offre à nous! Nous sommes une Église blessée en temps de crise au milieu d'un monde souffrant. Nous sommes une famille meurtrie et pauvre qui cherche à accueillir le salut pour l'annoncer au monde. C'est ce à quoi nous sommes appelés depuis 2000 ans. Nous avons cette opportunité ces jours-ci d'accueillir notre identité, souvent cachée sous le poids de notre passé, et d'oeuvrer sans fard et sans filet à la mission à laquelle le Père nous convie à la suite de son Fils. Nous ferons des erreurs. Nous vivrons des déceptions. Mais nous serons l'Église du Christ oeuvrant à Sa mission sans fausse complaisance.

Pour ma part, c'est avec beaucoup de fébrilité et de joie que je découvre un tas de possibilités pour rejoindre les gens individuellement et en groupe, pour vivre des rencontres d'accompagnement individuel, des partages de la Parole et, pourquoi pas, des catéchèses d'adultes.

J'espère que nous tirerons des leçons de cette épreuve et que nous en sortirons grandis comme disciples-missionnaires et comme Église.

L'Esprit Saint est à l'oeuvre. Le suivrons-nous?

Union de prière!

Allez! En avant la mission!

Denis

mardi 1 octobre 2019

Greta la prophétesse



Greta Thunberg est une jeune Suédoise de 16 ans qui a l'air plus jeune que son âge. Elle parle pour le respect de l'environnement et contre notre "jemenfoutisme" généralisé qui conduit notre monde à un désastre planétaire sans précédent. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont l'immense foule des scientifiques sceptiques qui ont creusé la question au fil des dernières décennies et en sont arrivés à cette conclusion qu'on ne peut plus remettre en question à moins de persévérer dans une ignorance crasse aux conséquences démesurées.



Telle un grand nombre de prophètes avant elle, on rit d'elle, on s'insurge contre son attitude, son émotivité, son ton, son allure, etc... Pourtant, elle a un message tout simple: "Nous courons vers un mur, écoutez les scientifiques!" Telle Jérémie qui se croyait indigne de sa vocation et qui a failli y laisser sa peau, telle Moïse le bègue, telle le Christ qu'on a cloué à la croix et tant d'autres, on se rit d'elle car elle nous fait mal, elle nous bouscule, elle nous provoque à changer. Elle nous atteint dans nos blessures les plus profondes et notre mode de vie qui essaie de les masquer. Elle nous atteint dans notre propre manque d'amour envers nous-mêmes qui nous pousse à nous cacher la réalité et à nous faire accroire que tout va bien. Lisez à ce sujet l'excellent article de mon confrère Jocelyn Girard: "Sainte Greta du climat". 

Tel Lazare à la porte du riche (Lc 16, 19-31), cette jeune femme souffre que les riches (nous!) font bombance alors que des millions en souffrent, en paient le prix et le paieront encore plus dans les prochaines décennies de par l'élévation du niveau de la mer, l'augmentation du nombre des événements climatiques graves, les changements des routes des divers courants marins dont le Gulf Stream. Des millions de personnes vivant près du niveau de la mer seront forcées de s'exiler et de quêter une terre d'asile, provoquant une catastrophe humanitaire et une migration des populations sans précédent dans l'Histoire. L'afflux de quelques dizaines de milliers de réfugiés Syriens ou Nord-Africains ne vous plaît pas? Imaginez ce que ce sera quand les Bengladeshis frapperont à nos portes par millions!

Dans la parabole citée plus haut, Abraham répond au riche qui lui demande d'envoyer l'ancien pauvre Lazare avertir ses frères pour qu'ils changent de vie: "Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent!" (Lc 16, 29). Nous les avons nos prophètes: l'immense majorité des scientifiques qui étudient sérieusement et sans complaisance l'évolution du climat, les environnementalistes qui relaient plus ou moins habilement leurs messages et leurs études,  les autochtones partout dans le monde qui nous répètent depuis des siècles qu'on doit vivre en harmomie avec notre terre-mère, Greta qui rallie des milliers de personnes de par le monde et a fait fermer un grand nombre d'écoles pour sensibiliser le monde à cet enjeu majeur.

Nous pouvons rire d'eux et d'elles, nous pouvons avoir de la difficulté à entendre leurs messages, nous pouvons nous sentir bouleversés dans nos propres blessures et nos manques d'amour envers nous et les autres, mais nous ne pouvons plus faire la sourde oreille. 

Dieu nous parle et nous parle très fort à travers tous ces prophètes et ces prophétesses pour que nous agissions rapidement en faveur de sa Création. Les écouterons-nous enfin ou subirons-nous la déportation comme "la bande de vautrés" (Am 6,7) du peuple d'Israël qui a refusé d'écouter ses prophètes?

Union de prière et d'action!

Denis