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mercredi 17 avril 2019

J'ai célébré mes racines à la messe chrismale

J'ai été surpris hier. J'avoue. Vraiment, le Seigneur est passé à la messe chrismale. Ce n'est pas le fait qu'Il soit passé qui m'a étonné! C'est le fait qu'Il soit passé ainsi pour moi, en moi.

J'ai déjà vécu des déceptions face à cette célébration. J'avais de grandes attentes. Mais hier, rien de ça. Je n'attendais rien, j'étais ouvert à ce qui se présenterait, et Dieu s'est présenté.

J'ai vécu un rappel de ce qui fait que je suis celui que je suis, que j'ai la foi que j'ai, que je fais partie de cette grande famille imparfaite mais sainte qu'est l'Église. 

Dès le début de la célébration, en voyant l'assemblée présente, les ministres ordonnés défiler, je me suis dit et j'ai dit à mes voisins et voisines: "Il y a du bon monde au pied carré ici!" Et oui, du "bon monde", il y en avait! J'ai vu des gens engagés dans leur foi, engagés pour le Christ, engagés pour le bien des pauvres et des petits. J'étais émerveillé devant tant de personnes croyantes solides et engagées dans leur foi, à commencer par mes collègues agentes et agents de pastorale laïques.

Mais la voie d'accès privilégiée qu'a prise Dieu pour passer en moi, hier, c'était par les prêtres présents.

Mgr Lacroix a cité Boukar Diouf qui disait que "Ça prend tout un village pour élever un enfant". Il le paraphrasait en disant que ça prend toute une Église pour faire un chrétien. Ben hier, c'est ça qui m'a tant touché: j'ai vu l'Église qui m'a construit. 

J'ai vu des anciens du Petit Séminaire de Québec, mes anciens profs, anciens directeurs, anciens animateurs de pastorale ou de vie étudiante. J'ai vu les anciens du Grand Séminaire de Québec, anciens recteurs, accompagnateurs, formateurs, profs de théologie. J'ai vu Benoît, le frère de Pierre-André à qui je dois tant. 

Il manquait bien sûr mes parents, mes grands-parents, les membres de ma paroisse d'origine, les anciens du Patro Laval et bien d'autres. Quoique plusieurs d'entre eux, d'entre elles, étaient présents, ces saints et ces saintes avec qui nous sommes continuellement en communion. J'avais néanmoins l'impression d'être chez moi, avec les miens, ceux qui m'ont fait cheminer, ceux à cause de qui je suis en bonne partie celui que je suis. 

Merci Seigneur de ce clin Dieu. Merci de m'avoir permis de me connecter à nouveau à certaines de mes racines. Merci de me guider et de me révéler ton Amour avec tant de patience et par tant de personnes! Merci de me faire encore goûter à ton amour en ces jours saints où nous le célébrons de façon particulière!

Quelque chose me dit que je serai présent à la messe chrismale l'an prochain... Nous y croiserons-nous?

Denis

dimanche 23 avril 2017

Pour une foi vivante, explicite et agissante

Le but de l'initiation chrétienne est de former des disciples-missionnaires. Ça veut entre autres dire d'amener les gens à devenir des "initiés", des chrétiens, qui ont une foi vivante, explicite et agissante. Je me pose quelques questions concernant cette réalité peu réelle, en ce sens que les personnes, adultes et jeunes qui passent par nos parcours d'initiation en sortent rarement "initiés", rarement disciples-missionnaires et démontrent rarement une foi vivante, explicite et agissante...

Je porterai ici quelques jugements sévères. Je suis convaincu que la plupart des gens qui viennent nous voir ont la foi à un certain degré. Je constate cependant que leur foi, de leur propre aveu, se vit de façon individuelle, souvent cachée. Elle n'est pas encore une foi qui s'exprime en communauté, du moins rarement en dehors des rites de passage ou des moments culturellement forts comme Noël. Elle est aussi rarement "explicite". Je considère donc que nous avons échoué à rendre leur foi vivante, explicite et agissante. C'est sur cet échec d'initiation que porte ma réflexion et non sur le degré de foi des gens qui réclament "nos services".

1- Considérant que c'est le baptême qui fait de nous des chrétiens, est-il encore pertinent de baptiser des bébés? Ils ne sont ni "prêts" (pour ceux et celles qui pensent qu'on doit être "prêt" pour vivre un sacrement), n'ont pas le désir de rencontrer le Christ, de Le connaître, de marcher avec Lui dans la vie... Cette pratique avait une certaine pertinence en période de chrétienté mais aujourd'hui, quelle serait donc sa pertinence? Quelle Église veut-on entretenir? Une "Église culturelle" qui offre des services de magnifiques rites de passage pas trop chers? Ou celle du Christ qui Se donne librement et qui veut que nous adhérions à Lui librement, de notre propre chef...? On baptise un bébé parce qu'on s'engage à l'élever dans la foi au Christ? On peut très bien le faire sans que l'enfant soit baptisé. On le baptise et il choisira plus tard? Le baptême vécu plus tard en toute connaissance de cause sera justement vécu au bon moment car c'est lui le sacrement du choix.

2- Nos démarches sont faites pour faire des confirmés et nous réussissons très bien. La presque totalité des jeunes qui nous passent entre les mains en pastorale finissent par être confirmés. Bravo!  Nous avons tellement bien réussi notre objectif et les familles l'ont tellement bien compris qu'ils ne reviennent pas. Bravo! Objectif parfaitement atteint, même pour l'avenir... Mais ne nous pètons surtout pas les bretelles, car ce bravo est ironique, vous l'aurez deviné... C'est notre objectif qui est vicié. Nous devons faire des chrétiens, non pas des confirmés. Nous réussissons avec quelques-uns mais avouons que la majorité de nos confirmés n'ont pas dans le coeur ni n'exhalent une foi vivante, explicite et agissante...

3- Ceci ajoute à ce qui précède: préparer à un sacrement... Quelle erreur théologique! Ça frise l'hérésie! On doit initier à la vie chrétienne, mener à la rencontre du Christ, mais surtout pas préparer quelqu'un à vivre un sacrement! Bien au contraire, c'est le sacrement qui nous initie à la vie chrétienne. C'est par le sacrement qu'on est initié à cette vie que le Christ veut avoir avec nous, cette vie de frère ou de soeurs avec ses frères et ses soeurs. Il nous faut une solide formation catéchétique avec au centre le Christ, Sa mort et Sa résurrection, la Bible et les grands symboles chrétiens pour ensuite tabler sur le sacrement pour initier intérieurement à la vie chrétienne. La mystagogie est particulièrement adaptée à ce moment, notamment en temps de mission comme le nôtre. De grâce, cessons de préparer les gens à un sacrement!

4- Presque à chaque semaine on me fait revivre un drame par une phrase qui se résume à peu près ainsi:"Wow! C'est beau de te voir t'impliquer au nom de ta foi. Ça fait du bien de voir un jeune dans l'Église". Au secours! Quel drame! J'ai l'âge d'être grand-père et on me dit que je porte du réconfort par ma jeunesse???? Mais réveillons-nous! J'ai peut-être une mentalité jeune, je manque peut-être même de maturité sur certains points, mais, de grâce, rendez-vous compte svp du drame que vous révélez en me disant que je suis un "jeune" dans l'Église! Ça veut dire qu'il manque deux ou trois générations. Au secours!

5- On doit servir le Christ ou l'Église? Cette question me taraude depuis quelques années et avec plus d'acuité depuis quelques mois. En soi, la mission de l'Église étant de poursuivre celle du Christ, on ne se trompe pas en servant le Christ. Cependant, est-il possible de le faire sans l'Église? J'aime bien l'expression suivante: "Ce n'est pas l'Église qui a une mission, c'est la mission qui a une Église". La mission d'annonce du salut de Dieu, de son Amour inconditionnel qui est son être même, de favoriser la rencontre avec le Christ au sein de la Trinité, ne dépend pas de l'Église mais l'Église n'est pas elle-même si elle ne remplit pas cette mission. La mission du Christ dépasse l'Église mais l'Église est idéalement le meilleur endroit d'où peut se vivre la mission. Je dis idéalement car l'Église "culturelle", folklorique, dont se réclament encore environ 80% des Québécois et des Québecoises nous empêche de réaliser la mission. Cette Église prestatrice de services et gardienne de nos bonnes valeurs québécoises ne nous permet pas de réaliser la mission du Christ. Elle tente de conserver des acquis d'un autre temps qui ne concernent pas la mission du Christ.

Je vous donne des exemples de cette mentalité "d'Église culturelle":
- mettre à la porte un agent de pastorale pour pouvoir payer les réparations du toit de l'église qui ne rassemble plus que quelques personnes au nom du Christ,
- la fureur qu'ont certaines personnes pour vivre les grands rites de passage de la vie humaine (naissance (j'ai parlé du baptême plus haut), mariage, décès...) à l'église et tiennent à ce qu'elle demeure ouverte et fonctionnelle pour leurs besoins à eux et elles;
- ... mais qui ne donnent pas à la quête ni à la CVA...
- la grogne populaire pour l'enlèvement d'un crucifix d'un hôpital parce qu'il représente les valeurs de notre passé (mais qui est enfermé dans ce passé et ne fait plus vivre un grand nombre de ces plaignants).

Bref, non, cette Église "culturelle" ne nous aide pas à la mission.

Cependant, la vraie Église qui rassemble les croyants et les croyantes convaincus au Christ qui cherchent à vivre la mission du Christ dans leurs milieux et qui se rassemblent dans la foi et la fraternité, elle, permet de vivre la mission. La question n'est donc plus de savoir si c'est le Christ ou l'Église qu'il faut servir mais le Christ par l'Église, à partir de l'Église, avec nos frères et soeurs en Christ, mais hors de l'Église, dans le monde.

6- Nous avons une grande tentation en Église qui est de nous réconforter en nous servant des autres, notamment des jeunes. Voici deux exemples qui illustrent ce que je veux dire:
- menacer de renvoi un agent de pastorale "parce qu'il n'amène pas de jeunes à la messe";
- organiser une messe familiale qui est en fait une messe pour adultes dans laquelle les services sont assurés par des jeunes (service à l'autel, lecture, offrandes, accueil...) mais qui n'est en rien une messe pour les familles.

Dans ces deux exemples, on voit qu'on veut bien de pastorales jeunesse ou familiale mais pour nous réconforter, nous. On organise de quoi pour les ados mais pour qu'ils viennent assurer une certaine présence qui nous réconforte, nous, dans nos propres habitudes. On organise de quoi pour les familles mais c'est d'abord pour nous réconforter, nous, pour nous faire du bien dans "nos affaires". Or, le Christ nous invite à aller vers les autres pour les autres. Pour eux, pour elles. Pas pour nous. On organise de quoi pour les ados ou les familles pour eux, pour elles, pour leur faire découvrir et rencontrer le Christ et non nous réconforter par leur présence. Si on organise une messe pour ados ou pour les familles, il faut que ce soit une messe d'ados ou de familles, pour eux, pour elles. Et le reste de la communauté doit accepter de se laisser bousculer dans ses habitudes pour pouvoir accueillir ces ados et ces familles. Ou, encore mieux, peut-être, les ados et les familles ne pourraient-ils pas en tout temps sentir qu'ils sont bien accueillis et à leur place au sein de la communauté célébrante en tout temps? Et chaque membre de la grande communauté réunie le dimanche ne pourrait-il pas avoir une petite communauté d'appartenance composée de ses pairs avec qui vivre de beaux moments d'Église durant la semaine?

7- La communauté elle-même... De fait, malheureusement, trop souvent, nos communautés sont peu invitantes et ne donnent pas toujours l'exemple d'une foi vivante, explicite et agissante, mais plutôt d'un ensemble de personnes venues réclamer un service individuel mais peu enclines à la mission. À qui la faute? Tout le monde, je pense... Les communautés elles-mêmes, les évêques, les intervenants pastoraux... Nous avons entretenu une mentalité de services au lieu d'une mentalité de mission. Nous n'avons pas aidé les membres de nos communautés à discerner leurs places dans la mission du Christ, leurs êtres de disciples-missionnaires. Un "missionnaire" est encore largement compris ici comme quelqu'un qui va annoncer le Christ dans une contrée lointaine et non quelqu'un qui vit dans son milieu des relations fraternelles, des engagements pour transformer le monde, qui nourrit sa foi avec Dieu dans le secret de son coeur et avec ses frères et ses soeurs, et qui annonce ainsi le Christ par sa vie entière implicitement et explicitement.

Voilà. J'ai voulu esquisser quelques écueils qui nous nuisent dans la formation à la vie chrétienne, dans cet accompagnement permettant à nos frères et à nos soeurs de professer une foi vivante, explicite et agissante. Il faudrait nuancer chaque paragraphe car il y a de fantastiques témoins d'une foi vivante, explicite et agissante dans nos communautés, qui viennent mettre un beaume sur chacun des points que j'ai énumérés plus haut. Malheureusement, en gros, je constate que notre période de transition est loin d'être terminée et que quelques coups de barre devront être donnés. Curieusement, ce sont peut-être nos finances difficiles qui vont nous obliger à changer, car nos budgets se transforment plus vite que nos convictions...

Je relis mon article et je me rends compte que je me suis positionné un peu comme un gérant qui invite à changer de mode de gestion. Ça aussi ça demande une conversion. Je suis bien un fruit de la même Église que tout le monde et j'ai moi aussi mes propres conversions à opérer. Ça aurait pu être le point 8: nous convertir.

Maintenant, prions, accompagnons, vivons, proclamons et agissons, au nom du Christ!

Denis

Rêve de funérailles

Bonjour!

Je ne veux pas dire par ce titre que je rêve qu'il y ait plus de défunts ou de funérailles, ou que j'en préside (quoique je m'y sens appelé). Non, je veux juste vous interpeller sur le fait que ce qui se passe autour des funérailles me semble être un bon exemple de l'action évangélisatrice à laquelle je me sens appelé.

Voici les éléments qui m'interpellent dans la pastorale du deuil:

- l'accueil inconditionnel, chaleureux et délicat des personnes;
- les gens ont soif, leur coeur saigne et est grand ouvert à l'Amour et à la Bonne Nouvelle;
- l'accompagnement des personnes, avant, pendant et éventuellement après la célébration;
- dans la célébration comme telle:
  • l'assemblée se tient,
  • les gens se connaissent, s'épaulent, se soutiennent,
  • la fraternité, l'accueil de l'autre, la douceur, la délicatesse, les marques physiques d'affection sont présentes, signifiantes et importantes,
  • le kérygme et l'espérance chrétienne sont annoncés et entendus,
  • les coeurs et les esprits sont rejoints, un pas de plus peut s'opérer vers une conversion,
  • les rites touchent, parlent, interpellent,
  • l'eucharistie est vraiment source et sommet de la vie chrétienne;
- après la célébration, cet accompagnement peut se poursuivre, le Christ peut être présenté, connu et aimé; une croissance dans la foi est possible et souvent désirée;
- nous sommes centrés sur les gens et leur besoin de salut, leurs quêtes de sens, l'action de l'Esprit en eux.

Imaginez si notre ministère pastoral menait à ça et se vivait ainsi:
- une communauté où les gens se connaissent, se tiennent, s'épaulent, se réconcilient...
- une communauté de gens qui ont soif et envie de s'abreuver à une parole signifiante, fondée et ouvrant sur la Parole;
- un ministère pastoral centré sur le Christ à faire rencontrer et non une "Église culturelle" à défendre et à entretenir;
- un ministère centré sur les gens et non une lourde gestion d'exigences, de présences, d'argent.

Voilà, je vous ai partagé un de mes rêves. 

Je découvre en vieillissant que je suis appelé à être moi en toutes circonstances, y compris là où mes rêves ne sont pas réalisés. Je découvre aussi que mes rêves ne seront fort probablement jamais réalisés et que je ne dois pas attendre qu'ils le soient. Je découvre aussi que mes rêves ne sont pas ceux de Dieu et que ce sont les siens que je suis appelé à réaliser. Cependant, j'ose croire qu'il y a un peu de Dieu dans mes rêves, dont celui que je viens de vous présenter.

Unissons nos rêves, Dieu se révèle un peu en chacun. Ensemble, réalisons le sien!

Denis